CHANSON DE LA PIPE CULOTTÉE.
Air : Suzon sortant de son village.
On fit la Culotte en ce monde
Pour couvrir la race en péché
Afin que ce qui la féconde
Aux yeux chastes reste caché ;
Si la patrie, Pâle, meurtrie,
A vu tomber ses enfants généreux,
Si libre et fière,
La France altière
A regretté des citoyens fameux,
C'est que : prenez en bonnes notes,
Quatre-vingt treize avait pour lui,
Non les culottes d'aujourd'hui
Mais trop de sans-culottes.
Vois, mon ami, pauvre Cigare,
Vois la différence entre nous ;
La vanité toujours t'égare,
Que ferais-tu seul contre tous ?
La pipe assure,
Par sa roture,
Son grand destin qu'on retrouve partout,
Car sur les ondes,
Chez d'autres mondes,
Le peuple l'aime et le peuple c'est tout;
Déjà les listes sont comptées,
On te sait beaucoup d'amateurs....
Moi, j'ai vingt millions de fumeurs
En pipes culottées.
Jamais la pipe n'est despote,
Elle vit fort modestement,
Et quand un fumeur la culotte,
Ce n'est que pour son agrément :
Dans sa fumée,
Au ciel montée,
Soit en ballons, en spirale, en rubans,
Tout nous retrace,
Que notre race
S'envole ainsi sur les ailes du temps,
Mais quand une femme exaltée
Commande en Reine à la maison,
En connaissez vous la raison... ?
C'est qu'elle est culottée.
Te faut-il un sublime exemple
De ma fortune et de mon nom ?
Je flâne au boulevart du Temple,
Et me plais au bruit du Canon;
Le brûle-gueule
Pour la bégueule
Est un objet ignoble, dégoûtant,
De sa fenêtre,
Le petit maître,
Rit de celui qui le presse en fumant;
Mais dans les rangs de notre armée
On a vu souvent le soldat,
Pour "se délasser du combat
Savourer sa fumée.
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