Dù qu’chest qu’el colombe, qu’in li dit,

Qu’all’buvot … All’veïot l’pauv’ tiote bête

Qu’all’ allot périr,

Qu’all’ faijot d’zefforts pour n’point mourir.

L’colombe, qu’all’ l’arvette,

All’i fait charité.

All’i fait d’un pont d’herbe comme eun’ jetée

Par dù que l’fourmisse s’agrippe et qu’all’s’ déquinpette…

V’là un bonhomme avec s’n’arbalète

Qui vot l’colombe…i s’dit « All’ s’ra pour min dîner ! »

L’fourmiche all’i pique sin talon.

Pindant qu’i fait un bond,

L’colombe s’a involée.


Té vos qu’ches bêtes i sav’tent s’aider !

Pourquoi qu’nous z’autes qu’in erot moins d’bonté ?

Eun’ tiote fable ed’ Marie-Ange Merlier, d’après La colombe et la fourmi de La Fontaine


All’ l’arvette : elle le regarde

All’ s’ déquinpette : se sorte d’affaire


La Colombe et la Fourmi, en français


Le long d'un clair ruisseau buvait une Colombe,

Quand sur l'eau se penchant une Fourmi y tombe.

Et dans cet océan l'on eût vu la Fourmi

S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive.

La Colombe aussitôt usa de charité :

Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,

Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.

Elle se sauve ; et là-dessus

Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.

Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.

Dès qu'il voit l'Oiseau de Vénus

Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.

Tandis qu'à le tuer mon Villageois s'apprête,

La Fourmi le pique au talon.

Le Vilain retourne la tête :

La Colombe l'entend, part, et tire de long.

Le soupé du Croquant avec elle s'envole :

Point de Pigeon pour une obole.