Encore tout gamin, à l’école primaire,

Quand un camarade était mauvais joueur,

Et qu’il me volait mes billes … ça partait du cœur,

Je vais le dire à mon père !


Min père i savot tout : i savot tout faire :

Armette un carreau, réparer un fu,

Et que d’fos ch’consel ej’lavos intindu :

Deminde-le à tin père !


Mon père il savait tout : il savait tout faire :

Remettre un carreau, réparer un poêle,

Et de nombreuse fois j’avais entendu le conseil

Demande le à ton père.


Des fos, j’n’étos l’victime première,

Quand j’étos indine, quand j’avos mal fait,

N’y avot que ch’mot-là pour faire ed’l’effet :

J’vas l’dire à tin père !


Des fois, j’étais la première victime,

Quand j’étais vilain, quand j’avais fait des bêtises,

Il n’y avait que cette phrase là qui me faisait de l’effet :

Je vais le dire à ton père !


Pis en grandichant, chingeant d’caractère,

J’n’ai pus rien d’mindé : je m’croyos si fort !

Mais j’ai dû r’connaîte que j’avos bien tort

De m’passer d’min père !


Et puis en grandissant, en changeant de caractère,

Je n’ai plus rien demandé : je me croyais si fort !

Mais j’ai dû reconnaître que j’avais bien tort

De me passer de mon père !


Min père i n’y est pus, mais s’voix familière

Résonne à mes orelles, el’jour et l’nuit,

Et je m’dis incor, quand j’ai des innuis :

J’vas l’dire à min père !


Mon père n’est plus, mais sa voix familière


Résonne à mes oreilles jour et nuit,

Et je me dis encore quand j’ai des ennuis :

J’vas l’dire à mon père !

Clément Druon